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20 ans après son opération, une jeune New-yorkaise revient à la Conception

Le 17 août 2017, le service Communication de l'AP-HM a accueilli Naomi Lee Baumol, opérée avec succès après un terrible accident. 

Une famille américaine dans le sud de la France, sur la route des vacances. Naomi, 15 ans, et son petit frère sont à l’arrière de la voiture. Elle s’est légèrement assoupie, bercée par le bruit du moteur. Son frère observe par la vitre le paysage qui défile, baigné d’une paisible lumière d’été. La route est bordée d’arbres dont l’ombre projetée sur l’asphalte dessine d’étranges motifs tout en contrastes. Un camion roule devant eux. Le père de Naomi entame un dépassement mais en face une voiture surgit de nulle part. Comme toujours dans ces cas-là, tout se déroule en une fraction de seconde. La voiture heurte le camion puis se retrouve projetée sur le bas-côté, dans le fossé.

15 ans. Sa vie s’en trouvera à jamais bouleversée. Naomi se souvient d’une vive douleur à la jambe, s’imagine qu’elle est cassée et en fait part à l’équipe qui lui fait passer une IRM. Le docteur lui explique que sa jambe n’a rien, c’est le dos qui est touché, le dos. Sur le moment elle est soulagée : sa jambe va bien, elle ne retient rien d’autre, dans son esprit c’est tout ce qui compte et elle ne réalise pas la portée du diagnostic. Transportée en hélicoptère à l’Hôpital de la Conception elle va subir une opération délicate, puis rester 10 jours dans le service de chirurgie orthopédique. Les autres membres de sa famille sont saufs : son frère n’a rien, ses parents s’en tirent avec quelques contusions. Le Professeur qui opère Naomi craint par contre qu’elle ne puisse plus remarcher. Elle aura en effet d’importantes séquelles mais peut aujourd’hui se mouvoir en toute autonomie à l’aide de béquilles.

Lorsque nous la rencontrons à l’Hôpital de la Conception, 20 ans ont passé. Nous sommes à deux jours de la date de l’accident. Naomi nous a contactés pour savoir si nous pouvions l’accueillir et l’emmener dans le service de soins où elle a été prise en charge. Elle garde un souvenir ému de la gentillesse attentionnée des soignants. Elle se souvient du jeune Professeur Louis, de son interne plus jeune encore qui l’avait recousue.

J’avais 15 ans à l’époque, alors je ne réalisais pas vraiment qu’ils étaient jeunes. A 15 ans, toutes les personnes qui ont entre 30 et 40 ans vous paraissent déjà âgées ! Les infirmières m’avaient dit que l’interne avait fait du bon travail, que ma cicatrice ne serait pas trop visible. Comme toutes les adolescentes, j’étais soucieuse de mon apparence et ça m’avait vraiment rassurée. 

Elle se rappelle de l’équipe de nuit qui entrait sur la pointe des pieds et veillait à ce qu’elle n’adopte pas une mauvaise position. Et cette infirmière qui la portait seule pour l’installer sur sa chaise roulante ou la remettre dans son lit :

J’avais peur d’être trop lourde pour elle et comme elle ne parlait pas anglais, pour me rassurer elle me montrait ses biceps et me disait avec un grand sourire « Popeye ! Comme Popeye ! »

Nous l’accompagnons à travers le long couloir du service. 

Beaucoup de souvenirs sont flous. C’est aussi pour cela qu’elle est venue. Pour combler les blancs, reprendre l’histoire avec son moi actuel, porter un regard nouveau sur ces lieux et cet événement qui l’a marquée dans sa chair, a altéré son corps mais aussi contribué à forger son caractère.

C’est un peu comme un pèlerinage à rebours. Nous venions de Chamonix, nous roulions vers le sud, près d’Avignon, puis après l’accident je me suis retrouvée ici, à la Conception. Alors cette fois je pars de l’hôpital et je remonte le temps.

Nous sommes touchés par sa gentillesse et son courage, sa détermination. Après des études de droit Naomi se consacre aujourd’hui au dessin, à la peinture et à la photographie. C’est une artiste et cela se voit dans sa sensibilité. Aujourd’hui, le service a été transféré à la Timone, les infirmières dont sa mère a gardé précieusement les noms sont parties à  la retraite. Nul doute que l’équipe qui l’a si bien soignée aurait été ravie, et fière aussi, de voir ce que leur petite patiente d’alors est devenue.

 

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