
La filière de neuro-oncologie prend principalement en charge les tumeurs cérébrales primitives, des maladies rares aux formes très diverses qui se développent au sein du système nerveux central. Plus de 50 sous-types sont aujourd’hui identifiés. Ces tumeurs peuvent toucher le cerveau, la moelle épinière ou les méninges. Leur évolution et leur pronostic sont extrêmement variables, allant de formes peu agressives à des pathologies particulièrement sévères. La filière accueille des patients de tous les âges, adultes et enfants, en lien avec les équipes de pédiatrie. Les tumeurs cérébrales primitives constituent la première cause de tumeurs solides chez l’enfant.
La rareté et la diversité de ces maladies rendent indispensable le recours à des centres experts. À l’échelle nationale, elles représentent environ 8 000 nouveaux cas par an. Les lymphomes cérébraux primitifs, par exemple, comptent environ 300 cas par an en France, dont 30 à 40 sont diagnostiqués et traités à Marseille. La filière intervient aussi dans le diagnostic de tumeurs secondaires complexes du système nerveux central, ainsi qu’en cas de neurotoxicité de certains traitements oncologiques.
Les pathologies peuvent se manifester par des symptômes neurologiques variés, tels que, de manière non exhaustive, des troubles moteurs ou sensitifs, des troubles cognitifs ou du langage, des troubles visuels, des maux de tête ou encore des crises d’épilepsie. Leur nature dépend avant tout de la localisation de la tumeur. Environ 5 % des patients sont concernés par un syndrome génétique et bénéficient alors d’un accompagnement en oncogénétique.
La neurochirurgie constitue une première porte d’entrée majeure de la filière. Sur les sites de la Timone et de l’Hôpital Nord, le parcours comporte généralement une biopsie destinée à établir le diagnostic ou une résection tumorale. Les équipes d’anatomopathologie [3] en assurent ensuite l’analyse. Celle-ci ne repose plus uniquement sur l’observation microscopique de la tumeur, mais associe désormais données histologiques et moléculaires pour aboutir à un diagnostic intégré.
Cette étape est déterminante car les traitements peuvent être radicalement différents selon le type de tumeur. Certaines pathologies nécessitent une résection chirurgicale maximaliste, tandis que d’autres, comme les lymphomes cérébraux primitifs, ne doivent bénéficier que d’une simple biopsie. Les protocoles de radiothérapie et de chimiothérapie sont eux aussi très spécialisés, en particulier dans le cas de certaines polychimiothérapies intensives. L’évaluation de la réponse au traitement repose sur une expertise spécifique de l’imagerie cérébrale, notamment de l’IRM.
« Ce qui est capital, c’est d’aller vite et d’être pris en charge dans un centre de référence. Comme ce sont des maladies extrêmement rares, il est important de personnaliser les traitements, notamment chez les sujets jeunes et lorsqu’il y a un enjeu curatif. » (Pr Emeline Tabouret [5])
Cette expertise s’inscrit dans une organisation en réseau. Tous les dossiers sont discutés chaque semaine lors d’une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). Il s’agit d’une RCP régionale à laquelle peuvent participer les centres partenaires d’Aix-en-Provence, Avignon et Toulon. En Corse, les médecins peuvent aussi bénéficier d’une RCP commune ou se connecter aux RCP marseillaises et assurer, en collaboration avec les équipes de l’AP-HM, une partie de la prise en charge localement.
La filière est engagée dans plusieurs dispositifs de recours nationaux et européens. L’AP-HM est un centre labellisé pour la prise en charge de tumeurs primitives rares telles que les lymphomes cérébraux primitifs et participe au réseau européen Euracan [6]. Un circuit national de relecture des situations complexes, le réseau Renoclip [7], permet de solliciter l’expertise de centres spécialisés. À Marseille, plusieurs RCP nationales de recours sont directement coordonnées autour de pathologies ou de problématiques ciblées : tumeurs de la moelle, méningiomes et situations nécessitant une expertise moléculaire en neuro-oncologie. Ce maillage permet d’orienter chaque patient vers les ressources les plus adaptées, tout en maintenant des soins au plus près de son lieu de vie.
La diversité des situations se traduit en effet par des parcours thérapeutiques distincts, allant de traitements par chimiothérapie à des protocoles intensifs nécessitant des hospitalisations d’environ une semaine toutes les deux semaines durant plusieurs mois. La filière intègre aussi une démarche palliative avec trois lits de soins palliatifs labellisés par l’Agence régionale de santé.
L’accompagnement ne s’arrête toutefois pas au traitement de la tumeur. La filière propose une prise en charge globale associant infirmières coordinatrices, infirmière en pratique avancée, psychologue et autres professionnels des soins de support. Une attention particulière est portée au développement de la réhabilitation, notamment pour les patients jeunes dont le pronostic s’est amélioré au cours des dernières années. L’objectif est de les accompagner après les traitements pour favoriser la reprise progressive d’une activité et préserver leur qualité de vie.
Des programmes d’activité physique adaptée destinés aux patients atteints de tumeurs cérébrales primitives sont mis en place en collaboration avec la faculté des sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Cette démarche vient compléter des projets de recherche paramédicale autour de l’activité physique et de l’art-thérapie. Un projet prévoit la création, avec les patients, de « plafonds féériques » en trois dimensions pour les chambres de l’hôpital de jour.
La recherche constitue l’un des axes majeurs de la filière. Une cellule de recherche clinique dédiée à la neuro-oncologie permet d’inclure plus de 100 patients par an dans des essais cliniques grâce notamment au travail quotidien des assistants de recherche clinique (ARC). Plusieurs études portent sur de nouvelles stratégies thérapeutiques visant à améliorer l’efficacité des traitements de première ligne. Parmi elles, une approche d’immunothérapie par vaccin antitumoral, associée au traitement standard du glioblastome. Le vaccin est conçu pour cibler spécifiquement les cellules tumorales. Les équipes travaillent aussi sur des programmes précliniques autour des cellules CAR-T [8], en collaboration avec des laboratoires de recherche.
Cette activité s’appuie sur une recherche translationnelle menée en lien étroit avec le laboratoire de biologie moléculaire [9] du Pr Anne Barlier et l’équipe de recherche sur les gliomes, co-coordonnée au sein de l’Institut de neurophysiopathologie [10] par le Pr Tabouret et le Dr Aurélie Tchoghandjian.
« Ce qui est important pour nous, c’est que nous sommes un département où la recherche clinique et la recherche translationnelle sont extrêmement développées. Depuis 2023, le réseau PETRA rassemble les différents acteurs de la recherche en neuro-oncologie afin de favoriser les échanges entre les laboratoires et l’hôpital et mieux coordonner les projets dans ce domaine. » (Pr Tabouret)
Les patients et leurs proches sont pleinement associés à la vie de la filière grâce à une collaboration étroite avec l’association ARTC SUD [12]. Celle-ci contribue à la prise en charge des malades et à l’amélioration des conditions de travail des soignants, en finançant des aménagements dans les services et en assurant une présence bénévole auprès des patients. Elle organise également des actions de soutien et des groupes de parole, les « cafés de l’ARTC SUD », et contribue avec les équipes à des actions de sensibilisation. La campagne « Mai en Gris » a ainsi donné lieu à des ateliers dans le hall de l’hôpital et à une conférence grand public organisée à la Timone.
Les aidants bénéficient eux aussi d’un accompagnement dédié, avec des ateliers mis en place par l’infirmière en pratique avancée afin de les informer et de les soutenir dans leur rôle.
Organisée au sein du Pôle Neurosciences, la filière participe enfin à la formation des professionnels à travers des programmes pédagogiques et la coordination d’un diplôme universitaire de neuro-oncologie.
La filière de neuro-oncologie de l’AP-HM propose ainsi une expertise spécialisée à chaque étape du parcours, du diagnostic au traitement et à la réhabilitation. Elle s’appuie sur un maillage régional et national et sur une recherche clinique et translationnelle particulièrement active, au bénéfice d’une prise en charge coordonnée et adaptée à la diversité des situations.
En savoir plus [13]
Links
[1] https://fr.ap-hm.fr/print/824915
[2] https://fr.ap-hm.fr/printpdf/824915
[3] https://fr.ap-hm.fr/site/plateformemoleculairecancer/laboratoires/service-d-anatomo-cyto-pathologie-et-de-neuropathologie
[4] https://fr.ap-hm.fr/sites/default/files/images/articles/2026-10-23-les-filieres-de-cancerologie-a-lap-hm-la-filiere-de-neuro-oncologie-02.jpg
[5] https://fr.ap-hm.fr/actu/portraits-croises-professeurs-pascale-tomasini-emeline-tabouret
[6] https://www.euracan.eu/
[7] https://www.orpha.net/fr/expert-centres/network/563764
[8] https://fr.ap-hm.fr/actu/car-t-cells-un-traitement-dimmunotherapie-innovant-fait-son-entree-a-la-conception
[9] https://fr.ap-hm.fr/service/biologie-moleculaire-hopital-conception
[10] https://inp.univ-amu.fr/fr
[11] https://fr.ap-hm.fr/sites/default/files/images/articles/2026-10-23-les-filieres-de-cancerologie-a-lap-hm-la-filiere-de-neuro-oncologie-03.jpg
[12] https://artcsud.fr/
[13] https://fr.ap-hm.fr/site/cancer-marseille
[14] https://www.facebook.com/sharer/sharer.php?u=https://fr.ap-hm.fr/print/824915
[15] https://www.linkedin.com/shareArticle?mini=true&url=https://fr.ap-hm.fr/print/824915&title=Les filières de cancérologie à l’AP-HM : la filière de neuro-oncologie
[16] https://twitter.com/intent/tweet/?text=Les filières de cancérologie à l’AP-HM : la filière de neuro-oncologie&url=https://fr.ap-hm.fr/print/824915
[17] mailto:?subject=Les filières de cancérologie à l’AP-HM : la filière de neuro-oncologie&body=https://fr.ap-hm.fr/print/824915