
Le service de réanimation polyvalente et traumatologie [3] de l’Hôpital Nord reçoit des patients dont le pronostic vital est engagé, avec une prise en charge souvent liée à un événement violent et brutal. Certains viennent de subir une opération chirurgicale particulièrement lourde, tandis que d’autres peuvent être directement transférés d’autres services, leur état s’étant dégradé subitement. Tous nécessitent des soins et une attention de chaque instant. C’est un univers d’existences bouleversées et de corps défaillants, autour desquels s’activent des équipes en constante vigilance, avec quantité d’appareils et équipements de pointe destinés à maintenir et surveiller l’état de santé.
Dans un tel contexte, on pourrait être tenté de penser que le bien-être et le confort sont des enjeux secondaires, voire accessoires. Amandine Abelaud, infirmière major de soins en poste dans le service depuis quasiment 20 ans, fait pourtant le constat inverse. Le passage en réanimation est particulièrement anxiogène pour les patients et leurs proches. C’est un moment de grande vulnérabilité au cours duquel l’image corporelle est altérée, tous les repères mis à mal. Depuis déjà un certain temps, elle avait pris l’habitude de prodiguer aux patients des séances de toucher-massage. Des moments rien que pour eux, non pas pour prendre en charge leurs symptômes et leurs blessures, mais pour les soutenir en tant que personnes, les aider à reprendre leur souffle et à retrouver des sensations agréables. Un apaisement dont l’effet positif est manifeste et se répercute dans toute la prise en soins.
De cette expérience quotidienne est née une réflexion plus large sur la place des soins de confort en réanimation. Actuellement détachée des soins, Amandine Abelaud a ainsi eu l’idée d’instituer de façon plus officielle des soins de confort et de relaxation au sein du service. Grâce aux dons des familles et avec l’appui des médecins et du chef de service, le Pr Marc Léone, elle a transformé un chariot de soins en véritable bulle de bien-être ambulante. Elle a commencé par chercher si d’autres services de réanimation avaient pu mettre en place des actions de cet ordre. Inspirées par les pratiques en oncologie, de nombreuses initiatives ont démontré l’intérêt d’introduire des soins de confort et de relaxation dans ces unités. Le chariot conçu par Amandine est doté d’appareils de massage ainsi que de tout l’équipement nécessaire pour réaliser des capiluves et pédiluves.
« Il y a un bac à shampoing gonflable qui permet au patient de poser la tête sur un petit coussin moelleux. J’ai aussi investi dans une petite douchette que l’on suspend à la potence du lit et qui permet de rincer les cheveux. Au niveau ergonomique, l’installation est très pratique pour le personnel et pour les patients c’est un moment agréable, presque digne d’un institut ! »
Le chariot a plusieurs compartiments : un espace pour le corps, un espace pour le visage et pour les cheveux. L’équipe soignante a beaucoup contribué à compléter le dispositif avec, par exemple, le don d’un sèche-cheveux, d’un miroir ou encore de produits de beauté…
« En accord avec les médecins, des règles d’utilisation ont été instaurées. Tous les patients peuvent bénéficier de ces soins à l’exception des patients neuro-lésés, comme les traumatisés crâniens avec une hypertension intracrânienne, des patients qui souffrent d’une détresse respiratoire aiguë, qui sont sur le ventre lourdement sédatés ou qui sont en état de choc. Autrement, tous les patients, y compris ceux dans le coma, peuvent recevoir ces soins. »
Généralement, un effet immédiat est constaté avec une diminution du stress et de la douleur, ainsi qu’un sommeil favorisé lorsque les soins sont réalisés en début de nuit. Amandine a donc sensibilisé les équipes de nuit à l’utilisation du chariot.
« J’ai réalisé une fiche explicative pour tout le personnel, l’objectif étant que tous les infirmiers et aides-soignants soient en mesure de proposer ces soins. Prochainement, nous allons aussi créer un document à l’attention des familles, complémentaire du livret d’accueil. Bien souvent les familles ressentent une forme d’impuissance face à la situation et ce que nous aimerions proposer, c’est que celles qui le souhaitent puissent participer à ces soins, conjointement au personnel. Les mamans, les papas, les frères, les sœurs seraient souvent ravies de devenir acteurs du bien-être de leur proche. J’ai vu une maman faire un massage à son fils et elle était heureuse de participer, de se rendre utile, de retrouver un rôle actif pour le mieux-être de son garçon. »
L’accompagnement des familles est une préoccupation constante du service. Les majors de soins ont ainsi élaboré plusieurs documents à destination des proches de patients hospitalisés, notamment un livret d’accueil et un livret spécifique destiné aux enfants. Lorsque ceux-ci viennent rendre visite à un proche hospitalisé, ils peuvent en effet être impressionnés, voire bouleversés. Grâce à ces supports et à la présence des équipes, ils bénéficient d’une écoute et de repères adaptés. Par l’attention qu’elle porte au confort, aux sensations et au lien, la démarche d’Amandine s’inscrit pleinement dans cette dynamique collective.
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