Chirurgie éveillée du cerveau : le service de neurochirurgie de la Timone en pointe


 

 

La chirurgie éveillée est une approche innovante dans la prise en charge des tumeurs cérébrales situées dans les zones fonctionnelles du cerveau. Au service de neurochirurgie du Pr DUFOUR à la Timone (AP-HM, Marseille), cette technique est perfectionnée depuis plusieurs années par le Pr Philippe METELLUS.

 

En France, les tumeurs du cerveau touchent chaque année 5 000 personnes. L’ablation d’une tumeur peut entraîner des séquelles, d’où une certaine réserve à opérer quand la tumeur est placée dans une zone cérébrale délicate. La technique développée par le Pr Philippe METELLUS, au service de neurochirurgie du Pr DUFOUR à la Timone, permet de réduire ces risques, grâce à des outils technologiques sophistiqués et une coordination parfaite entre différents intervenants : neurochirurgien, neurologue spécialiste du langage (Dr Agnès TRÉBUCHON) infirmière de bloc, anesthésiste, orthophoniste, neuroradiologue et  neuropsychologue.

 

Pr Philippe METELLUS

 

 

 

La technique développée à la Timone exige une coordination parfaite entre différents intervenants

 

Quels sont les avantages de la chirurgie éveillée ?

La chirurgie éveillée est essentiellement préconisée en cas de gliomes, tumeurs les plus fréquentes du cerveau. Cette technique présente de nombreux avantages. Elle rend opérables des tumeurs qui ne l’étaient pas, limite les risques de séquelles neurologiques, garantit une plus grande efficacité de l’acte chirurgical et une meilleure qualité de vie aux patients grâce à la détection précise et fiable des zones fonctionnelles à épargner.

Outre la préservation de la fonction du langage, la chirurgie éveillée permet de réduire le  nombre et la durée des séjours en centres de rééducation, pouvant aller jusqu’à 6 mois.

Les progrès dans la maîtrise de cette technique permettent maintenant de l’appliquer à d’autres pathologies comme les métastases cérébrales et les tumeurs vasculaires bénignes (cavernomes).

 

 

Le service de neurochirurgie de la Timone a développé des technologies sophistiquées Le chirurgien stimule la surface du cerveau du patient, point par point

 

 

Comment se passe l’intervention ?

Concrètement, durant l’intervention, le patient est réveillé et pratique des tests adaptés (de langage, de motricité, de vision), qui  permettent au chirurgien d’élaborer une cartographie du cerveau spécifique à chaque patient et d’évaluer ses capacités à chaque stade de l’opération afin de respecter les zones fonctionnelles essentielles.

 

Préparation

Avant l’intervention, le patient passe plusieurs examens qui permettent de situer très précisément la lésion, ainsi que les zones à protéger. Une collaboration est nécessaire entre tous les intervenants : orthophoniste, neuropsychologue, neurologue spécialiste du langage et de l’imagerie. Lors d’un IRM, les fonctions du patient sont sollicitées. Equipé de lunettes, d’un casque et d’un micro, il interagit avec les médecins et soignants en effectuant plusieurs exercices.

 

 « Avec la collaboration active du patient, nous pratiquons un bilan concernant toutes les situations du langage », détaille Valérie TCHERNIAC, orthophoniste : « la lecture, l’écriture, la dénomination, la formulation de phrases, la compréhension ». L’équipe réalise une première cartographie des différentes zones du cerveau qui ont réagi pendant les exercices, une information essentielle pour le chirurgien.

 

La cartographie précise des fonctions cérébrales est une information essentielle pour le chirurgien

 

 

 « On sait que le langage est quelque chose de complexe, qu’il n’y a pas que la parole : il y a aussi tout ce que l’on peut comprendre », précise le  Dr Agnès TRÉBUCHON, neurologue. Le but est d’effectuer les tâches les plus représentatives des différentes composantes du langage » pour préparer une cartographie précise des fonctions cérébrales.

 

Les exercices s’enchaînent au bloc opératoire pendant une heure et demie à deux heures

 

Réveil

L’intervention proprement dite peut alors débuter. Une fois que la craniotomie (ouverture du crâne) est réalisée, le patient est réveillé. L’orthophoniste le fait travailler pendant que le chirurgien stimule la surface de son cerveau, point par point.

 

Sur la table d’opération, l’orthophoniste demande au patient de réaliser une série de tests

 

Les exercices s’enchaînent au bloc opératoire pendant une heure et demie à deux heures. « A l’aide d’une petite électrode de 10 millimètres, nous allons stimuler de proche en proche les zones éloquentes », explique le Pr Philippe METELLUS. « Cette stimulation va être à l’origine d’une inhibition de la fonction. Les zones stimulées qui vont entraîner un trouble du langage devront absolument être respectées. Les zones dont la stimulation n’entraînera aucune modification du langage pourront être enlevées ».

 

Le cerveau n’étant pas innervé, le patient ne ressent pas de douleur pendant l’intervention

 

La tumeur pourra être enlevée en respectant les zones identifiées comme indispensables au fonctionnement «normal » du cerveau.

Le cerveau n’étant pas innervé, le patient ne ressent pas de douleur pendant la procédure.

 

Les suites de l’intervention

Après l’intervention, un œdème pourra apparaître autour de la cavité, mais il disparaîtra une fois l’hématome résorbé. Le patient sera pris en charge pour suivre une rééducation précoce et intensive.

 

 

En savoir plus
 Service de neurochirurgie - Hôpital de la Timone
 Service de neurophysiologie clinique - Hôpital de la Timone

La chirurgie éveillée du cerveau (reportage, 01/2010)
La chirurgie éveillée du cerveau (émission C la Santé, 26 min, 06/2012)