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Hôpital spécial : se projeter dans le cinéma

Publié le :
19/05/2026 à 15:14

« Ce film, nous l’avons réalisé avec notre cœur, avec notre âme, pour montrer ce que nous ressentons, ce à quoi nous aspirons et qui nous sommes », annonce un patient pour introduire la projection. Nous sommes à l’Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (UHSA) à l’Hôpital Nord, une structure de l’AP-HM prenant en charge des personnes incarcérées en PACA et Corse qui nécessitent des soins psychiatriques en hospitalisation complète. Pendant quatre mois, une quinzaine de patients a participé à des ateliers de création avec les artistes Laurent Reyes et Jacques Sorrentini Zibjan, accompagnés par des soignants du service.

Au fil des séances, ils ont produit un objet cinématographique qui leur correspond et dont ils sont, au sens fort, les auteurs. Ce mardi 12 mai, ils partagent pour la première fois cette création avec toute l’équipe, mais aussi avec des partenaires extérieurs. Une projection qui est aussi performance, puisque les patients sont aux commandes du son, de sa spatialisation, ainsi que de la vitesse de diffusion des images.

À l’écran, la vieille pellicule argentique 16 mm et le noir et blanc produisent immédiatement un effet immersif particulier. Une matérialité fragile, renforcée par les imperfections et artefacts qui ponctuent le défilement des images et participent pleinement à l’expérience visuelle. Les effets de surimpressions et l’entremêlement des scènes créent un rapport au temps singulier, comme si les heures et les jours, au lieu de s’enchainer avec leur régularité coutumière, se superposaient indéfiniment.

Le travail d’atelier n’a pas été guidé par une thématique précise, mais par l’expérimentation. Nous sommes dans du cinéma expérimental au sens premier, un « noble bricolage » où l’on teste la matière et joue avec elle. Des objets intimes, maillons entre présent et passé, prennent ainsi vie à l’écran ; le quotidien se teinte de mystère. « Il s’agissait surtout de libérer une forme poétique », explique Laurent Reyes.

Cette approche se retrouve dans la bande sonore : phrases et voix enregistrées à l’UHSA se mêlent, se font écho. Pensées qui tournent en boucle, affirmations ou questionnements. Il faut souvent tendre l’oreille pour en saisir quelques bribes, suffisantes toutefois pour créer des étincelles dans l’imaginaire comme cette phrase, particulièrement marquante : « une voix saigne dans l’air vide ».

Le film nous entraîne ainsi dans un univers très onirique où, malgré tout, se dessine un sentier, un fil ténu entre l’intime et le collectif. Si l’adjectif « surréaliste » vient rapidement à l’esprit, peut-être sommes-nous au contraire, comme le disait le patient en introduction, au plus près de leur réalité intérieure. À ce titre, l’équipe de soins a pu constater combien certains patients se sont révélés durant cette aventure, par leur capacité à s’inscrire dans le projet, se l’approprier, partager le plaisir d’une action commune.

« Nous tenons beaucoup à ce type de projets car ils permettent d’abord une ouverture, un accès à la culture et à d’autres formes d’expression, avec des intervenants qui viennent du dehors. Au début les patients sont un peu sur la réserve, ne sachant pas trop à quoi s’attendre. Mais ils se sentent toujours reconnaissants que des personnes de l’extérieur s’intéressent à eux et prennent le temps de venir les voir. Rapidement ils s’investissent davantage, développent des compétences et se sentent valorisés, ce qui est très important dans leur parcours. Je crois que nous avons tous éprouvé de la fierté pour eux en voyant ce résultat final. » (Lison Garde, psychologue à l’UHSA)

Une action proposée dans le cadre de parcours d’hospitalité, programme d’actions culturelles des Hôpitaux Universitaires de Marseille en partenariat avec Campus Art Méditerranée.

Avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, l’Agence Régionale de Santé et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre du programme Culture et Santé