Aurélia et Anaïs, deux voix pour ne laisser personne de côté
En février 2026, Aurélia et Anaïs rejoignent l’AP-HM à vingt-quatre heures d’intervalle, au moment où la Direction des Ressources Humaines (DRH) crée la cellule handicap et maintien dans l’emploi. Elles ne se connaissent pas encore, viennent d’univers différents et découvrent toutes deux la fonction publique hospitalière. Quelques mois plus tard, elles forment un binôme complice, soudé par une même conception de leur métier et une conviction commune : derrière chaque dossier se trouve d’abord une personne à accompagner, souvent à un moment particulièrement difficile de sa vie.
Chez Aurélia, l’intérêt pour le handicap au travail s’est construit progressivement. Après plusieurs années à France Travail, où elle côtoie notamment les équipes de Cap emploi, puis une expérience dans le secteur privé, elle choisit de se spécialiser. Une orientation presque naturelle pour celle qui assume une grande sensibilité aux autres et la résume avec une désarmante simplicité : « Quand je vois quelqu’un pleurer, je pleure avec. »
Anaïs a, elle, exercé pendant dix ans dans un centre de formation d’apprentis accueillant des étudiants en design. La mission de référente handicap vient d’abord s’ajouter à ses fonctions avant de devenir son activité à temps plein. Certaines situations rencontrées la révoltent. Plutôt que de s’en accommoder, elle décide d’agir et de mieux s’armer pour accompagner les jeunes concernés. En 2018, elle suit un diplôme universitaire de référent handicap. Lorsqu’une opportunité se présente à l’AP-HM, Anaïs vit encore à Paris. Marseille l’attire, mais le projet professionnel tout autant.
« Le monde hospitalier rassemble une diversité de métiers, de parcours et de situations qui m’intéresse particulièrement. »
Un secteur RH à part entière
La cellule handicap et maintien dans l’emploi prend ainsi forme avec elles. À deux, elles constituent aujourd’hui un véritable secteur RH à part entière. Elles accompagnent notamment les personnes en période de préparation au reclassement (PPR), les agents disposant ou souhaitant disposer d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), mais plus largement tous ceux pour lesquels une problématique de santé vient bouleverser la vie professionnelle.
Car avant le reclassement, l’aménagement ou les démarches administratives, il y a souvent un choc : une maladie que l’on vient d’apprendre, un métier que l’on ne pourra peut-être plus exercer souvent choisi par passion, vécu comme une vocation. Il faut alors faire le deuil d’un poste, quelquefois d’un service, d’un grade ou de toute une identité professionnelle construite au fil des années. Les premiers rendez-vous sont rarement anodins.
« Lors du premier rendez-vous, il y a toujours des larmes. »
À cette détresse s’ajoutent parfois la peur du handicap, la méfiance vis-à-vis des démarches proposées ou encore le sentiment que le reclassement constitue une mise à l’écart. Leur travail consiste alors autant à trouver des solutions qu’à déconstruire les préjugés et à restaurer la confiance.
Et la confiance ne se décrète pas. Elle se construit rendez-vous après rendez-vous, parfois lentement : les parcours PPR durent souvent plus d’un an.
Un travail d’équipe
Aurélia et Anaïs s’appuient sur d’autres professionnels de l’AP-HM : médecins du travail, médecine agréée statutaire, ergonomes, psychologues du travail, assistantes sociales, équipe formation, équipe recrutement, cadres, équipe communication… selon les situations, elles orientent, sollicitent, mettent en relation et coordonnent les différents acteurs susceptibles d’apporter une réponse.
Chacune suit ses propres dossiers, mais la frontière s’efface dès qu’une situation se complique. Elles confrontent alors leurs points de vue, cherchent ensemble, reprennent le problème sous un autre angle. Leur principe est simple : deux cerveaux valent mieux qu’un. Cette façon de travailler s’étend également aux dossiers plus structurants, notamment ceux liés au Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).
Cette complémentarité est devenue l’une de leurs forces. Elles partagent les difficultés, les interrogations et aussi la charge émotionnelle d’un métier qui ne s’arrête pas toujours à la fiche de poste.
« Un jour, un père a poussé notre porte pour demander de l’aide pour sa fille en situation de handicap. La situation ne relevait pas directement de notre périmètre, mais il avait besoin d’aide alors on l’a accueilli, on l’a écouté et l’on a cherché avec lui vers qui l’orienter. »
Parce qu’aider reste, chez elles, le premier réflexe.
Il leur est d’ailleurs difficile de citer une personne qui les aurait davantage marquées qu’une autre. La question les fait hésiter. Non pas parce qu’aucun visage ne leur vient à l’esprit, mais précisément parce qu’il y en a trop. Chacun les marque à sa manière.
Le métier peut être éprouvant. Elles sont souvent en première ligne face à l’inquiétude, la colère ou la détresse. Certaines journées les laissent vidées. Mais il y a l’autre versant : un agent qui retrouve sa place, un reclassement qui fonctionne, un poste enfin adapté, quelqu’un qui revient les voir quelques mois plus tard et va mieux. Ces réussites-là donnent du sens à tout le reste.
Et lorsqu’on leur demande à quoi ressemblerait leur métier dans un monde idéal, leur réponse est claire : elles aimeraient ne plus avoir de travail.
« On rêve d’un monde où personne n’aurait besoin de nous. Plus de parcours de reclassement douloureux. Des postes adaptés chaque fois que nécessaire. Des solutions trouvées avant que les situations ne se dégradent. Et surtout un environnement professionnel dans lequel le handicap ne précéderait jamais la personne, où seules ses compétences, ses possibilités et ce qu’elle peut apporter seraient regardés. »
En attendant ce monde idéal, Aurélia et Anaïs sont là. Tous les jours, en présentiel, derrière la porte de leur bureau de l’administration centrale. Deux parcours, deux tempéraments, deux sensibilités et désormais un même combat : faire en sorte qu’un problème de santé ou un handicap ne signifie jamais que l’on cesse d’avoir une place.
Car la différence ne se voit pas toujours.
Derrière un collègue, un métier, un parcours professionnel peuvent se cacher une maladie, des difficultés ou des besoins dont nous n’avons pas connaissance. C’est aussi tout le sens du travail mené par Aurélia et Anaïs : regarder d’abord la personne et ses possibilités, plutôt que ce qui pourrait la limiter.
Et parce que mieux comprendre permet aussi de faire tomber les préjugés, retrouvez sur le site RH dédié au handicap et au maintien dans l’emploi les dispositifs, les ressources et les interlocuteurs qui peuvent vous accompagner à l’AP-HM.




