C’est bientôt la rentrée à l’école de l’AP-HM
À l’hôpital, la maladie ne doit pas interrompre les apprentissages. À l’AP-HM, une équipe d’enseignants accompagne les jeunes patients afin de leur permettre de poursuivre leur scolarité malgré l’hospitalisation. Nous les avons rencontrés pour mieux comprendre leur métier et le rôle essentiel qu’ils jouent auprès des enfants hospitalisés.
Comment continuer une scolarité normale lorsqu’on est hospitalisé sur de longues périodes ? C’est un défi auquel sont souvent confrontés les enfants malades, en particulier ceux atteints de maladies rares. Depuis les années 1960, les grands hôpitaux ont mis en place des écoles au sein de leurs murs pour garantir la poursuite du parcours scolaire de ces élèves.
Cette continuité pédagogique est cruciale pour préserver leurs chances de réussite et éviter qu’ils ne soient laissés au bord du chemin.
La plateforme d’expertise maladies rares de l’AP-HM a rencontré Brigitte Ospina, professeure des écoles, et Benjamin TROUCHE, directeur de l’école de l’AP-HM. Ils nous ont parlé de leurs métiers et des actions qu’ils mènent pour aider les enfants à poursuivre leurs études malgré l’hospitalisation.


Brigitte Ospina, professeure des écoles, (à droite) et Benjamin TROUCHE, directeur de l’école de l’AP-HM, (à gauche)
Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et nous expliquer ce qui vous a conduit à enseigner en milieu hospitalier ?
Brigitte Ospina : Je me suis orientée vers le métier d’institutrice à la suite d’une reconversion professionnelle. J’ai obtenu le concours de professeur des écoles en 2002, puis j’ai exercé dans différentes académies, y compris à l’étranger. Par la suite, je me suis orientée vers l’enseignement spécialisé, auprès d’enfants présentant des troubles « dys ». J’ai ensuite passé le Certificat d’Aptitude Professionnelle pour les Aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap (CAPA-SH), ce qui m’a permis d’enseigner en milieu hospitalier à Paris. J’ai finalement rejoint l’hôpital de la Timone en 2023.
Benjamin Trouche : J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années dans l’Éducation nationale, avant de rejoindre une école destinée aux enfants du voyage, située dans une aire d’accueil. Dans ce cadre, j’assurais à la fois des fonctions d’enseignant et d’intermédiaire entre l’école et les différents partenaires. J’ai ensuite obtenu le Certificat d’Aptitude Professionnelle aux Pratiques de l’Éducation Inclusive (CAPPEI), puis j’ai exercé pendant un an à l’hôpital Nord. Par la suite, j’ai pris la direction du centre scolaire de l’AP-HM.
Combien d’enseignants composent aujourd’hui l’équipe du centre scolaire de l’AP-HM et comment est-elle organisée ?
L’équipe du centre scolaire de l’AP-HM se compose de plusieurs enseignants répartis entre différents sites :
- Une professeure des écoles intervient à la fois à l’hôpital de la Timone et à l’hôpital Nord.
- Neuf autres professeurs des écoles exercent au sein de l’hôpital de la Timone.
Ces enseignants assurent les cours auprès d’élèves allant jusqu’à la 5e ou la 4e.
- Trois enseignants du second degré complètent l’équipe.
Les cours sont dispensés soit au chevet des patients, directement dans leur chambre, soit dans des salles de classe dédiées. À la Timone, on en compte quatre.
Ces espaces sont particulièrement appréciés, car ils permettent de sortir du cadre hospitalier et de replacer les enfants dans une véritable posture d’élève.


La plus grande salle de classe du centre scolaire de l’AP-HM est localisée au 13e étage au sein du service de pédiatrie générale de l’hôpital de la Timone Enfants
Quels sont les enfants qui peuvent bénéficier de cet accompagnement scolaire ?
En théorie, les enfants hospitalisés pour une durée d’au moins deux semaines peuvent bénéficier de notre accompagnement. Toutefois, nous prenons également en charge des enfants ayant été hospitalisés auparavant dans un autre établissement ou atteints de pathologies chroniques. Chaque situation est étudiée individuellement afin de pouvoir accompagner le plus grand nombre d’élèves possible et éviter toute rupture dans leur parcours scolaire.
Combien d’élèves accueillez-vous chaque année et quelles sont leurs tranches d’âge ?
Nous accompagnons environ 800 élèves par an, avec en moyenne 50 à 60 élèves pris en charge simultanément. Les élèves vont de la petite section de maternelle (3 ans) jusqu’au baccalauréat.
À quoi ressemble une journée type pour un enseignant au sein de l’école de l’AP-HM ?
Brigitte Ospina : Lorsque j’arrive le matin, je fais un point avec l’équipe soignante, en particulier avec l’éducatrice, qui me transmet les informations concernant les jeunes patients du service : le déroulement de leur nuit, leur état émotionnel, les soins prévus dans la journée, ainsi que tout élément susceptible d’influencer leur prise en charge scolaire.
Je fais ensuite un tour du service afin de rencontrer les élèves, puis j’organise ma journée en fonction de leur état de santé, de leurs besoins et de leurs disponibilités.
Les séances peuvent avoir lieu directement dans les chambres ou, lorsque l’état de l’élève le permet, dans la salle de classe. Je travaille le plus souvent en individuel, mais il m’arrive également d’accompagner de petits groupes de deux à quatre élèves.
Pour mener les activités pédagogiques, je dispose de nombreux supports que je transporte avec moi, ainsi que de matériel adapté, comme des supports d’écriture munis d’un coussin de sable facilitant le geste graphique. Lorsque l’élève n’est pas en mesure d’écrire, les apprentissages sont réalisés à l’oral.
La durée des séances varie en fonction de l’état de santé, de la fatigue et de la motivation de chaque élève. Elle peut aller jusqu’à 1 heure. Chaque journée est différente, car elle nécessite une adaptation constante aux contraintes médicales et aux besoins individuels des enfants et adolescents hospitalisés.
Comment se passe l’accueil d’un enfant nouvellement hospitalisé ?
Brigitte Ospina : Je me présente systématiquement aux familles, même lorsqu’elles ne souhaitent pas mettre en place un suivi scolaire dans l’immédiat. Cette première rencontre permet d’établir un lien de confiance et de leur présenter les possibilités d’accompagnement scolaire proposées au sein du service.
L’accueil et l’accompagnement d’un enfant hospitalisé sont adaptés à son âge, à son niveau scolaire ainsi qu’à sa situation personnelle et médicale.
Je veille à respecter le rythme et les attentes de chacun : ni l’enfant ni sa famille ne sont contraints de débuter immédiatement les activités scolaires. Lorsque le contexte ne s’y prête pas, je privilégie une approche progressive, en prenant le temps d’instaurer une relation de confiance avant d’engager les apprentissages.
Lorsqu’un accompagnement est mis en place, je réalise une évaluation initiale afin d’identifier les acquis de l’élève, de repérer ses éventuelles difficultés et de construire un suivi adapté à ses besoins.
Comment travaillez-vous avec les établissements scolaires d’origine des enfants hospitalisés afin d’assurer la continuité de leur scolarité ?
Lorsque cela est nécessaire, notamment pour les élèves rencontrant des difficultés scolaires, nous prenons contact avec leur établissement d’origine. Dans ce cas, et avec l’accord des parents, nous faisons le point afin d’assurer le meilleur accompagnement possible et d’éviter toute rupture dans le parcours scolaire de l’enfant.
Nous organisons les examens (baccalauréat et brevet) au sein de l’hôpital. Ils se déroulent en même temps que pour l’ensemble des élèves en France, avec des aménagements si nécessaire.
Comment les enfants et leurs familles perçoivent-ils votre intervention ?
Dans la plupart des cas, les enfants apprécient ces temps de classe, qui leur permettent de s’éloigner momentanément de leur statut de patient pour retrouver leur place d’élève. Ces moments contribuent à maintenir un lien avec leur scolarité et leur offrent un cadre rassurant et familier au sein de l’hôpital.
Comment s’organise votre collaboration avec les équipes médicales et paramédicales qui prennent en charge les enfants ?
Nous avons des liens très forts avec l’équipe médicale, notamment avec les éducatrices qui font la relève de l’état des patients le matin mais aussi avec le reste des professionnels médicaux et paramédicaux. Il est très important que le service nous connaisse bien et nous soutienne dans nos actions pour que les patients reçoivent le meilleur suivi scolaire possible.
Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans l’exercice de votre métier ?
Le principal défi du métier d’enseignant à l’hôpital réside dans la capacité d’adaptation. En effet, nous devons continuellement ajuster notre pratique à la situation médicale de l’enfant, à son parcours scolaire, à son environnement familial ainsi qu’à son état émotionnel du moment.
Notre objectif est de garantir, autant que possible, la continuité de sa scolarité malgré l’hospitalisation. Pour cela, nous mettons en place un accompagnement individualisé qui tient compte des besoins et des capacités de chaque élève.
Lorsque l’enfant quitte l’hôpital et que son état de santé ne lui permet pas encore de reprendre immédiatement le chemin de l’école, nous assurons la transmission des informations nécessaires aux enseignants chargés de l’accompagnement pédagogique à domicile. Cette collaboration permet de maintenir un suivi cohérent et de favoriser une reprise progressive de la scolarité.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cette profession et qu’est-ce qui vous motive au quotidien ?
Brigitte Ospina : Ce que j’aime particulièrement dans mon métier, c’est le travail en collaboration avec les différents partenaires. Les échanges avec l’équipe médicale sont très enrichissants et nous permettent de mettre en commun nos compétences afin de trouver les meilleures solutions pour répondre aux besoins des patients.
Benjamin Trouche : La motivation des élèves et leur désir d’apprendre sont une véritable source d’inspiration pour moi. Malgré leurs problèmes de santé, ils parviennent à trouver la force de continuer à apprendre et font preuve d’une grande détermination.
Un grand merci à Brigitte Ospina et Benjamin Trouche pour leurs témoignages inspirants et pour leurs actions quotidiennes visant à accompagner les jeunes patients dans la poursuite de leur apprentissage scolaire malgré la maladie.






