Maladies de Castleman : Une large cohorte pour mieux les caractériser
À partir du registre national français des maladies de Castleman, une étude coordonnée par le Dr GALICIER, responsable du Centre de Compétence de la maladie de Castleman de l’AP-HM (CRMDC), a permis de réexaminer l’ensemble du spectre de ces pathologies afin d’actualiser les connaissances et d’optimiser la prise en charge des patients.
La maladie de Castleman (MC) est une maladie rare des ganglions lymphatiques. Elle n’est ni héréditaire, ni transmissible, ni maligne (non cancéreuse). Le diagnostic repose sur l’examen d’un prélèvement ganglionnaire (biopsie) dont les caractéristiques orientent vers une MC.
Des examens complémentaires, notamment des analyses sanguines et des explorations d’imagerie (scanner ou TEP-scanner), sont ensuite nécessaires pour préciser l’un des types de MC.
On distingue en effet trois formes :
- La forme unicentrique (localisée) (UCD) : elle concerne un seul ganglion ou un groupe limité de ganglions, et s’accompagne généralement de peu, voire d’aucun symptôme.
- La forme multicentrique idiopathique (iMCD) : elle touche plusieurs territoires ganglionnaires. On dit qu’elle est idiopathique car elle n’a pas de cause connue.
- La forme associée au virus de l’herpès humain 8 (HHV8+ MCD) : elle est plus fréquemment observée chez les personnes infectées par le VIH.
Le diagnostic et la prise en charge de la MC nécessitent un avis spécialisé. À Marseille, les patients peuvent être suivis au sein du CRMDC coordonné par le Dr GALICIER et localisé à l’hôpital de la Timone Adultes, au sein du service de médecine interne dirigé par le Pr SCHLEINITZ.
Le Docteur Lionel Galicier, coordonnateur de cette étude, est responsable du Centre de Compétence de la maladie de Castleman de l’AP-HM
700 patients dans le registre national français des MC
Les registres de grande ampleur sont essentiels pour mieux caractériser les maladies de MC et orienter la pratique clinique.
Le Centre national de référence français de la MC a mis en place un registre prospectif incluant des patients présentant une suspicion de MC, en France et à l’étranger. Ce registre recueille des données démographiques, cliniques, biologiques, anatomopathologiques, d’imagerie et thérapeutiques. L’ensemble des cas est évalué par un comité d’experts pluridisciplinaire composé d’hématologues, d’internistes, d’immunologistes et de pathologistes spécialisés.
À la fin de l’année 2024, 782 cas suspects avaient été examinés. Parmi eux, 700 cas ont été confirmés et classés : 211 UCD, 142 iMCD et 347 HHV8+ MCD
211 cas de MC unicentrique (UCD)
Diagnostic : Cette forme concerne principalement de jeunes adultes et est fréquemment découverte de façon fortuite. Elle se manifeste le plus souvent par un ganglion unique ou une masse isolée. Le diagnostic est généralement aisé : l’imagerie met en évidence une lésion bien limitée, hypervascularisée, parfois associée à de petites microcalcifications centrales et à quelques ganglions satellites. Les examens biologiques sont normaux dans la majorité des cas.
Symptômes et complications : Les manifestations cliniques sont rares et, lorsqu’elles sont présentes, résultent le plus souvent d’un effet de compression des structures voisines. La complication principale est le pemphigus paranéoplasique (PNP), une affection auto-immune rare se traduisant par des lésions cutanées et muqueuses douloureuses.
Traitement : La résection chirurgicale, lorsqu’elle est réalisable, constitue le traitement de référence et permet une guérison dans la majorité des cas.
142 cas de MC multicentrique idiopathique (iMCD)
Diagnostic : Il est complexe. C’est un diagnostic d’élimination car les anomalies histologiques observées peuvent être partagées avec d’autres pathologies telles que la maladie associée aux IgG4 et certains lymphomes mais aussi au cours de maladies auto-immunes ou infectieuses. On en distingue aujourd’hui trois formes : le syndrome TAFRO, la lymphadénopathie plasmocytaire idiopathique et la forme dite « sans spécificité ». Depuis 2017, le diagnostic repose sur des critères combinant une atteinte ganglionnaire multicentrique avec une histologie évocatrice de MC, des signes inflammatoires systémiques et des anomalies biologiques. En cas de doute diagnostique, une seconde biopsie, ciblant une lésion volumineuse et hypermétabolique, peut être nécessaire.
Traitement : Le traitement de première intention repose sur le blocage de l’interleukine-6 (IL-6). Le tocilizumab a été initialement utilisé, puis le siltuximab est devenu le traitement de référence à la suite d’essais cliniques. Les deux molécules semblent aussi efficaces. D’autres options thérapeutiques peuvent être envisagées, notamment les corticoïdes, le rituximab, le sirolimus ou des associations de traitements. L’amélioration des stratégies thérapeutiques a permis d’augmenter la survie globale, désormais estimée à 65,7 % à 10 ans.
Variabilité selon les populations : L’iMCD présente une grande hétérogénéité clinique, particulièrement marquée dans les populations occidentales, alors que les formes observées chez les patients d’origine asiatique apparaissent généralement plus homogènes.
347 cas de MC associée au virus de l’herpès humain 8 (HHV8+ MCD)
Diagnostic : Il repose sur une biopsie ganglionnaire montrant des lésions de type Castleman avec présence de HHV8+. La quantification de l’ADN viral dans le sang est un outil utile, et la détection de viroblastes circulants permet un diagnostic rapide lors des formes sévères. La cellule d’origine de ces viroblastes et le réservoir d’HHV8 restent mal compris. La maladie est liée à la prolifération de cellules infectées, à l’origine d’une production excessive de cytokines (IL-6 virale, puis IL-6 et IL-10 humaines), expliquant les manifestations cliniques et biologiques.
Symptômes et complications : Les formes cliniques sont proches chez les patients avec ou sans VIH, mais généralement plus sévères chez les patients VIH+. La maladie se manifeste le plus souvent par de la fièvre et des signes généraux, associés à une splénomégalie, des œdèmes ou des symptômes respiratoires. La principale complication est la défaillance multiviscérale, souvent liée à un syndrome hémophagocytaire (orage cytokinique).
Traitement : Le rituximab est le traitement de référence, fréquemment associé à l’étoposide dans les formes sévères. Il permet d’obtenir une rémission rapide dans plus de 80 % des cas. La survie globale à 10 ans est estimée à 68,7 %.
En s’appuyant sur une cohorte nationale de 700 patients, les auteurs de cette étude ont pu mieux caractériser l’ensemble du spectre des MC et préciser leurs différences cliniques, diagnostiques et pronostiques selon les formes. Ces résultats soulignent l’importance des registres multicentriques pour améliorer la compréhension de ces pathologies rares et hétérogènes.
Merci à l’ensemble des auteurs pour leur contribution essentielle à ce travail.
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